Court texte poétique / Nov. O9

Mon cœur s’essouffle. Je monte une à une les marches de la sortie du métro. Et peu à peu, je la vois apparaître. Une silhouette.  Je l’entends sourire. De là, d’ici, d’ailleurs. Je sens déjà son souffle. Un nuage s’évapore dans l’air froid. Il sort de ma bouche. Ce nuage atteint ses lèvres. – Bonsoir. – Bonsoir. J’ai froid. Air glacial. – Son air chaud. Elle me sourit. – Regarde, regarde. – Comme elle me regarde. – Insiste. Regarde la. – Elle insiste. Elle a froid. – Nous nous rendons au théâtre. – Marche. – Je te suis. – Elle me suit. Du regard. Elle marche. – Mes bras se frôlent aux tiens. On dirait qu’ils sont nus.  On dirait qu’ils ont bu. – Tu les déshabilles. – Je te rhabille. Pas maintenant. Pas ici. Il fait froid. – Elle me regarde. – Souffle coupé. Mon estomac se resserre. Je prends l’air. Je respire fort.  Je te sens proche. Je ne crains rien. Il fait nuit. – Elle me dit. Quelle belle nuit. Le brouillard, Paris, presque enneigé. – J’aime. – Elle aussi. Je l’entends sourire. Elle mord sa lèvre supérieure, gelée. Gelée sa lèvre supérieure, elle mord. Rouge de sang elle gonfle, sa lèvre. – Je regarde. Je la mords avec elle. Je regarde. Le brouillard. Son regard. Ses yeux. Le brouillard. Je la sens. Son souffle chaud, sa lèvre gelée, mes pensées. – Les siennes. Que regarde t’elle ? Qui regarde t’elle ? Elle me regarde. – Persiste. J’insiste. Je lui souris. La nuit est belle. Elle est sombre. Tombe. – Nous prenons les places et nous nous installons dans le fond. Les sièges rougissent et se font chaud. Asseyez-vous. Je reviens. – Où allez-vous ? – Ici. – Je m’assieds. Elle a froid. Mes mots la réchauffent. Je te prendrais bien dans mes bras. Je te prendrais bien tout court, si tu le permets. Si tu me le permets. – Elle sourit.  Elle a froid. – J’ôte mon manteau. Prenez le mien. Ceci est  ma chair. Ceci est mon sang. Qu’il vous réchauffe. Je n’aurai pas froid.

La lumière disparaît. Embrasse moi, je pense. – Je l’entends sourire. – Je sens. Les rideaux s’ouvrent. Musique. Mon cœur se serre. Mes doigts se tendent. Mon corps se crispe. Sa chair tout près.  Je la sens. Son souffle chaud. Je le ressens. – Elle se tend, je l’entends. – Elle craint. – Je suis là. – Sa main. Proche. Je la vois. – J’ai envie de toi. Attendre encore un peu. – Je ne suis pas patiente. – Moi non plus. – La pièce commence. Les visages apparaissent. Et disparaissent. Les personnages avancent. Les liaisons se font et se défont. Parfois il y a des restes. Des restes. Certains les ramassent. Les liaisons qui se font et se défont. Sous mes yeux, mon regard se fait.  – Je l’entends, sous ses yeux, mes oreilles attendent. Mes oreilles entendent, son souffle coupé, mes oreilles entendent. Elle respire. Saccadé. Je  sens son corps. Il se contracte. Ses jambes se relèvent, son bassin se serre. Ses bras s’étirent. Ses doigts se tirent. Elle les écarte.  – Je tente alors. Glisser mes doigts dans les siens. Je respire. Souffle coupé. J’ai peur. Je retire ma main. – Je la sens frustrée. –Pardonnez-moi. – Je caresse l’accoudoir du fauteuil rouge, je le griffe, tout doucement. Je crispe mes doigts, avance. J’approche ma main de la sienne. J’ai chaud. Souffle coupé. Je meurs. Elle est belle. – Je l’entends s’évanouir. – Je recule. J’avance. Mon visage se rapproche du sien. Elle reste sereine. Elle ne bouge pas. Je la sens pourtant. Nerveuse. Je la sens nerveuse. – Mes lèvres forment un cœur et je m’apprête à lui susurrer quelques mots. Quelques mots à son cou. La vapeur de ma gorge se posera délicatement sur sa chair blanche, son cou. son buste. Des mèches de cheveux, des cheveux bruns. J’écarterai doucement de mon chemin ces quelques mèches et m’approcherai lentement  d’elle. Je lui dirai que je la trouve belle. Je vous trouve très belle ce soir. – Pénétré de mes mots, paralysé sera son dos. Je la ferai chavirer. Et je périrai avec toi. – Je l’entends sourire. Je lui plais. – Tu me plais.

Je l’entends sourire, elle se retourne. Tu me souris. – Je te souris. – Elle me regarde. – J’insiste. Mes membres se resserrent. Prends moi tout entière. – Je te prendrais bien ici là si tu me le permets. – Je te le permets. Embrasse moi. Je t’ai. Je te veux. – Elle approche ses lèvres et chuchote à mon corps ces quelques mots. Vos effluves me font tourner la tête et vos mots la perdre. – Je perds la mienne. Je mords ma lèvre. – Prête à m’embrasser. Ma bouche en cœur. Je lui fais signe. – Elle s’approche. – Je recule. – Elle recule. – Je m’approche. – J’ai très envie de…me dit-elle. – De…? , je lui demande. – De… – De…? – De…vous – Vous… – …Embrasser… – Embrassez-moi. – Elle embrasse mon cœur.

Elle recule. Je la vois sourire. – Regarde moi. Recule. Approche toi. Embrasse moi. – Fais moi l’amour. Ici. Je l’entends penser. – Sa voix.  Chaude. – Mon cou s’électrise.  Frissons. – Regarde moi. – Je suis folle. Ta voix.

Elle tourne son visage. Je ne vois que son profil. Sa main. Presque sur la mienne. – Elle sourit de profil. – Je souris aussi. – Son buste se gonfle d’air. D’air chaud. Je sens.  – Mon cœur s’accélère. Fais moi l’amour. Je pense. – Fais moi l’amour. Je l’entends penser. – Je meurs. Je pourrais mourir maintenant.  Embrasse-moi. – Je sens. Je sens son doigt glisser. Il glisse. Son index s’approche de mon pouce, mon index. Ses doigts font l’amour à mes doigts. Ils s’entrelacent. Ils s’enlacent. Ils s’embrassent. Cœur coupé. Souffle saccadé. Ses doigts tournent autour des miens. Comme un serpent, comme Satan. Elle fait des cercles sur la paume de ma main avec son majeur. – Je frissonne. Je m’abandonne. Je meurs. Je revis. Mon corps. Un choc électrique. – Elle prend ma main.  – Je la retire. – Elle souffle. Je la sens frustrée.  – J’approche ma main de son poignet. Je touche fébrilement son bras avec mon index et remonte jusqu’au cou. – Elle ne bouge pas. Elle est nerveuse. Je la sens.  Elle sue. –  Je goûte. Je goûte son eau. Je goûte ses eaux. Elle est salée. – J’ai chaud. Je passe ma langue sur mes lèvres, je la regarde. Je la regarde, je mords ma lèvre. Je mords jusqu’au sang. – Elle me regarde. Elle passe sa langue sur sa lèvre. Puis son doigt. Son doigt sur mes lèvres. –  Ne dis rien, me dit-elle, ne dit rien. – Je ne dis rien. – Elle caresse mes lèvres. Sa main posée sur ma joue. Son pouce sur ma bouche, sa paume tient l’os de mon visage. Ma mâchoire. – Je la regarde. Je ne dis rien. – Elle me regarde. Son regard. Elle me pénètre. – Mon regard crève ses yeux.  – Ses yeux. – Je bande.

Take me all myself. Juliet.

Sa main sur ma joue. Elle pose. Sa bouche approche. La chaleur. Son souffle vient jusqu’à moi. – Je l’aspire. J’aspire ce qu’elle expire. – Elle pose. Elle pose ses lèvres sur les miennes. – Embrasse moi. – Je t’embrasse déjà. –  Mon cœur s’emballe. Ton corps défaille. Ma culotte débraille. Ton cœur s’emballe. – Ma gorge se serre. Mes poumons s’enterrent. – Ton souffle s’essouffle. – Respire.

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2 commentaires pour Court texte poétique / Nov. O9

  1. Fran dit :

    Heureusement que ce texte se termine avec « Respire » car j’en ai eu le souffle couper à le lire !

  2. Sarah dit :

    c’est le but, je crois 😉

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