Il est seulement 23h…

© par moi-même, métro

« Ca craint pas trop le quartier à cette heure ci ? », je demande à mes amies en quittant leur appartement de Belleville.

« Non ça va, tu ne risques rien »

Je ne sais pas si je suis rassurée, mais je sors quand même, le cœur léger jusqu’à l’entrée, jusqu’au restaurant blindé au pied de leur immeuble.

Puis je marche jusqu’à la station de métro la plus proche. Je n’ai pas le cœur léger, je n’ai pas peur. Mais, est-ce que j’aurais vraiment du porter cette robe (blanche et en lin, style sac à patates, mais ça me va bien, qui arrive au-dessous du genou ?). Je me répète que je dois être moche pour éviter qu’un mec ne m’accoste.

Assise sur un strapontin, j’envoie des textos à une amie, je fais tout pour être moche, je bâille sans mettre ma main sur la bouche, je ne fais rien en finesse. Je ne sais pas si ça marche, si ça repousse les mecs, à priori non, mais moi, ça me rassure, de faire la « moche » dans le métro à une heure pas si tardive tout de même. J’arrive sur le quai de la ligne 13, un mec maigre avec des rastas me fixe un peu. Je vais au fond du quai pour sortir plus rapidement à ma station. Il vient vers moi mais me dépasse. Pendant trente secondes, j’ai peur. Je fais tout pour ne pas prendre le même wagon que lui. Je le sème, alors qu’il ne me poursuivait sans doute pas. Mais je le sème.

Je sors, et je me demande si je dois déjà envoyer un texto à mes amies pour leur dire que je suis bien arrivée, car je me dis que si je le fais avant d’être réellement arrivée, ça va me porter la poisse, et je vais vraiment me faire agressée. J’attends toujours d’être chez moi, enfermée, pour envoyer un message, car le mec peut te suivre jusque dans le hall de ton immeuble. Quand je fais mon code, je tourne toujours la tête pour être certaine qu’un homme ne va pas me suivre dans mon immeuble pour me violer. C’est déjà arrivé (à d’autres filles).

En rentrant, je me crois un peu parano et je me demande, et je demande à tous les hommes que je connais ou que je ne connais pas de me dire pourquoi eux, ils ne rentrent pas chez eux de la même manière que moi ; pourquoi eux n’ont ils pas peur en rentrant, et pourquoi  eux ne demandent-ils pas si le quartier craint en rentrant seuls.

Je ne blâme pas les hommes, je blâme la société qui a fini par nous rendre parano, par nous faire croire que derrière chaque homme, se cachait un violeur potentiel.

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