Ô, septième art…

Les notes se tâtent à mes oreilles, elles arrivent et prennent forme. Il y a quelque chose qui m’emporte à chaque fois. Une émotion particulière. Je prends les billets, entre dans la salle. Qu’elle soit grande ou petite, cela dépend de l’œuvre à voir ; si elle se veut intime ou pas. Je m’installe toujours au fond, au rang d’un chiffre impair car j’ai la poisse avec les chiffres pairs. Au milieu, l’écran en face. Et je m’assoie. Le mouvement est presque divin. Je ne suis jamais très confortable mais toujours à l’aise.

Et c’est toujours différent mais les émotions sont toujours les mêmes. Je suis euphorique à chaque instant. Je m’éprends et tombe amoureuse un instant, une heure et demie. Cet état ne dure jamais bien longtemps mais j’en ressors toujours bouleversée.

J’ai toujours aimé le cinéma. Avec un père cinéphile qui vous fait découvrir La Nouvelle Vague avant l’âge de 10 ans, on ne peut qu’être sensible aux grands écrans, aux émotions fortes des vies réelles qui se jouent devant nos vies réelles à nous. J’en ai vu des Godard et des Truffaut. Mais j’en ai beaucoup oubliés. Des flashes sont ensuite restés. J’ai toujours eu des images d’À bout de souffle dans la tête, des images de la célèbre scène entre Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo sur les Champs Élysées. Je m’étais dite que je voulais vivre à Paris et seulement à Paris. Puis je me suis souvenue des 400 coups et de l’Enfant sauvage.

Puis avec le temps, j’ai appris à aimer par moi-même.

Le film de mon enfance qui m’a le plus marqué est Eyes Wide Shut, j’avais 12 ans à sa sortie, mon père nous avait emmené le voir, ma sœur et moi (elle avait 9 ans, je sais c’est tôt). Puis il y a eu les autres.  Il y au eu Le tombeau des lucioles. J’ai adulé Titanic un certain temps et suis tombée rapidement amoureuse de Kate Winslet (mais à l’époque je disais que j’étais folle de Léonardo Dicaprio…fallait « sauver » la face). Puis il y a eu les films de Tim Burton (Edward aux mains d’argent) et les films de Kubrick (Shining), puis les films de Coppola et les films de Sofia Coppola. Les comédies anglaises. Puis j’ai découvert l’œuvre de Quentin Tarantino puis les films français. Il y a eu les grands classiques et il y a eu le couple Bacri- Jaoui. J’étais folle d’elle. Puis j’ai été folle de Catherine Frot. Puis j’ai découvert Ozon. Puis j’ai vu les films de Jacques Tati, Mon Dieu qu’ils sont géniaux. Puis j’ai re-découvert Chaplin, The Kid ! Puis j’ai aimé les films de Spielberg. Et j’ai découvert les films argentins ; poétiques. Puis les films québécois : Denys Arcand et sa Chute de l’Empire Américain ou les Invasions Barbares. La pertinence et la pudeur de ses films. Puis la violence. Puis les autres films québécois qui ont – à part l’accent – quelque chose de plus parfois, que nos box-offices français. Crazy, J’ai tué ma mère. Poétiques, pudiques, réalistes et aux passés universels. Je l’ai découvert hier.

Puis American Beauty et les films de Sam Mendes et Little Miss Sunshine ou encore Sunshine of the Spotless Mind. La poésie. Hitchcock. Canine.

Les frères Dardenne. Isabelle Huppert, Sylvie Testud. Huit femmes. J’ai commencé à être bouleversée par la musique. J’ai aimé les BO. On pourrait évidemment faire une thèse sur la BO des films qui font beaucoup. La musique dans Marie-Antoinette par exemple. Ou la musique dans Naissance des pieuvres. Je crois que j’ai fini par saisir ce que j’aimais dans le cinéma. La poésie de la réalité, la violence, la pudeur sans que ce ne se soit lisse. Les rebonds, les défauts, les vagues, les émotions. Quand ça tourne et qu’on ne sait pas si on a aimé ou pas car on a pleuré. On a pleuré, ou quelques larmes ont coulé car ça résonne un passé ou quelque chose en nous. On voudrait éviter de s’en souvenir mais pourtant, on a trouvé ça beau.

Avec le cinéma, j’en arrive à un point où quand je sors d’une salle, je ne sais pas si j’ai aimé ou pas. Je suis de plus en plus souvent mitigée, mais toujours surprise. Il y a aussi les documentaires et les femmes qui sont de plus en plus présentes dans l’horizon du cinéma français. Elles prennent, petit à petit, la parole sur grand écran. La poésie est souvent la même, mais l’Histoire, jamais. Enfin les femmes produisent et ne sont plus les inspirations des artistes masculins qui ne nous prenaient que pour des muses.

Il y a aussi le cinéma qui n’avance pas. Mais la critique est difficile. Je voue une obsession à Christophe Honoré dont je ne saisie pas le style, du « je-tente-le-copier-coller » de la Nouvelle vague alors que pour moi la Nouvelle Vague a du sens seulement parce qu’elle s’est inscrit dans une époque certaine et n’a plus lieu d’être vraiment aujourd’hui. C’est dommage pour Christophe Honoré, car il pourrait faire quelque chose de beau et de vrai mais il persiste. Ses films manquent de terrestre et sont trop lisses pour que nous soyons réellement transpercé-e-s. C’est dommage.

Le cinéma, je pourrais dire que c’est un peu comme la littérature mais en réalité, c’est différent. Les émotions ne sont pas transportées de la même manière.

Il y a la musique associée à l’image dans le cinéma, tandis que dans la littérature, les mots seuls doivent nous transportaient. Les deux sont des exercices difficiles. Mais les deux restent visuels.

J’ai du oublié maints films et maint-e-s réalisateurs/trices dans mes listes.

J’ajoute Maiween avec son Bal des actrices l’année dernière qui m’a bouleversé aussi. À un moment sans doute de ma vie ou les femmes du monde sont rentrées en moi. L’idée de continuer, de poursuivre et de militer. Il y a donc eu Debout, de Carole Roussopoulos. Sauf qu’au cinéma, on reste assis-e-s…

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Un commentaire pour Ô, septième art…

  1. L.M. dit :

    Putain d’article! Il ne manquerait qu’un petit ode à Anna Karina (en fait incluse, je l’imagine, dans l’allusion à la Nouvelle Vague) et un peu plus de violence contre Christophe Honoré (ou l’absence de son nom, en fait) pour que je m’approprie cette jolie déclaration.

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