J’irai nager…

qui ressemble, avec ce futur, à « J’irai cracher sur vos tombes » qui n’a de commun avec le livre que le futur du verbe aller. Je devrais cependant mettre le mien au conditionnel. Elle est bien au conditionnel, elle. La métaphore veut que cela se fasse au conditionnel de toute façon. Quoiqu’un livre, une nouvelle, peut avoir quelque chose de vrai, de véridique. Oui.

J’irai nager pour te tuer. T’écrire, écrire en prose ton assassinat, ta mort. Moi qui pensais finir morte assassinée. Vais-je sans doute assassiner ce personnage dans mon livre pour le tuer métaphoriquement dans la vraie vie, et ainsi tuer quelque chose en moi…? Trois mois et demi? C’était peut-être ça mes rêves. Puis je vois les autres. Mon ami V. qui nous tue tous. Mon angoisse des ascenceurs, de la mort, du cancer de l’utérus, mes rêves et mes cauhemars qui sont revenus en même temps qu’elle est arrivée. Peut-être que c’est elle qui commet le crime, peut-être même que c’est un suicide. Je vais trop loin.

J’irai nager pour te tuer. Avec ce texte, tu peux écouter ce que tu veux. T’as qu’à écouter Breathe Me de Sia qui me rappelle des moments où je n’étais pas très bien dans ma peau. À l’époque, je vivais au Canada, je courais à vive allure et je me faisais vomir pour écrire, pour sentir l’anorexie de près sans la vivre. Ce n’est pas une période glorifiante et je n’en suis pas fière. Car j’ai fini par me rendre compte que l’on écrivait mieux quand ça allait bien. Quoique. Je vais très mal là. Mais c’est sans doute mauvais.

Un abandon, je sens comme un abandon. Un refus d’aimer, une porte fermée à jamais. Un deuil à faire, la mort de quelqu’un jamais réssuscité. L’idée même de ne plus faire partie de sa vie, comme elle ne fera plus partie de la mienne. J’ai l’impression de vivre la même chose qu’il y a un an, sauf que, il y a un an, je n’avais eu aucun mal à couper les ponts, sauf que, il y a un an, je n’étais pas amoureuse. Sauf que, il y a un an, je n’avais rien ressenti de tel.

Ou alors, peut-être que j’exagère, ce serait tellement ironique tiens. Mais non. Et puis il vaudra mieux arrêter d’admirer les gens, de les metrre sur des piédestals, c’est pas la vraie vie ça. Faudra avoir confiance en soi, être sûre un peu, même si on a du mal, sinon on finira malheureuse, sinon on gachera tout. Faudra arrêter de se poser des questions aussi, de chercher des raisons à tout. Faudra grandir un peu, prendre sur soi. Ce « on » si universel qui n’est que toi sait le faire. Moi j’ai confiance…

Ce n’est pas vrai, je n’ai pas l’âme charitable. Je me souciais de toi et je devrais penser à moi. Je suis triste, ça me rend triste.

Gâcher une personne comme toi à des raisons sans questions et des questions sans raisons. C’est tellement dommage.

Je ne veux pas finir comme l’autre, alors couper vraiment les ponts est la meilleure solution, sauf qu’à la différence, on ne sera jamais amies. Le désir est trop fort, il va disparaitre, mais une flamme se rallume si facilement, si tu savais.

C’est ça le plus dommage. C’est que je ne voulais pas que ça parte, que ça disparaisse. J’aimais tellement ça, j’aimais tellement ce que je ressentais, ce que je ressens.

Je me suis trop jetée dans la gueule du loup. Et le loup m’a recraché, je n’ai pas un goût mauvais, je suis même très bonne apparement, mais c’est pas la bonne viande au bon moment. Pas envie. Trop difficile à digérer peut-être.

Alors j’irai nager pour te tuer, j’irai écrire, t’écrire. Pour faire mon deuil. Je sais que l’oubli est impossible, hélas.

Alors j’irai nager pour te tuer, dans ma nouvelle, mon roman, qui sait. À défaut d’être les véritables héroines d’un film. Tu seras la muse que tu as voulu être à un moment donné. Puis, au moins, j’aurai tous les droits sur ce livre, je ferai ce que je veux, je pourrais même ne pas te tuer dedans. Ce sera mon roman, j’aurais décidé, choisi mais je ne serai pas une salope.

Et tu n’en es pas une.

J’irai nager…

jusqu’à te voir couler…

 

 

et remonter à la surface.

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Cet article a été publié dans à poil(s), épistolaire, et la poésie naquit. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour J’irai nager…

  1. Atthis dit :

    Le deuil est possible. L’oubli aussi, j’en suis persuadée. Le cœur oublie également, tu sais. Le temps, les autres, l’expérience, la vie tout simplement permettent non pas d’effacer mais de panser. Un jour, tu regarderas derrière toi, tu seras fière d’avoir su aimer, tout comme peut-être ne comprendras-tu pas pourquoi tu as aimé autant, pourquoi elle. Pourquoi cette tristesse. Peut-être auras-tu un sourire, peut-être un goût amer.
    J’aime à me dire que le temps fait bien les choses en ce qui concerne la douleur.

    Si ça se trouve un jour, pas tout de suite, surtout pas maintenant, vous serez amies. Peut-être qu’au contraire elle te sera insupportable. Peut-être ne la verras-tu plus jamais. Ca serait reposant…
    Attention aux « on », ton expérience sera la tienne.
    Le mieux est que tu te protèges, hein? Se faire sourde au chant (magnifique et si désirable) des sirènes …

    Good Luck

    • Sarah dit :

      mais difficile d’imaginer que nous ne passerons plus du temps ensemble et que nous ne serons plus rien l’une pour l’autre. C’est comme si qqun venait de mourir. Vraiment comme si elle venait de mourir et tous les jours il faut vivre en pensant à ça. je l’ai déja vécu, mais je n’aimais pas.

  2. Joshua Blogspel dit :

    Ca me fait penser à « toucher le fond de la piscine » (Adjani, la brune)
    Ou « toucher le fond pour mieux rebondir » (bon, un truc éco)
    « Je ne veux pas finir comme l’autre » – Il/Elle a fini comment l’Autre pour que tu craignes d’emprunter la voie?
    C’est bien de se faire écrivain pour moduler les personnages. Avoir la liberté de tuer ou non, d’un trait, d’une page un personnage.

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