Mutantes de Virginies Despentes

Virgines Despentes -auteure et réalisatrice, à l’écriture acerbe, au verbe pertinent, aux oeuvres justes, et très dérangeantes- était absente pour la présentation de son film Mutantes au Forum des images ce mercredi 17 novembre. Elle aurait eu du mal à contrôler ses émotions et ne parviendrait pas à parler devant un public, chose qu’elle n’a pas faite depuis quelques années. Bref, dommage, nous l’attendions. L’intêret d’un tel festival est qu’il propose aussi des débats, et l’intêret d’un tel film (documentaire sur les féministes prosexe) est qu’il en suscite un, mais sans sa réalisatrice, difficile de creuser son point de vue…

Despentes est donc partie à la recherche d’artistes, d’actvistes queer, de théoriciennes, de travauilleuses du sexe pour parler d’un autre féminisme- du féminisme prosexe. Aux USA, à Barcelone, ou encore à Paris, elle donne la parole à celles qui, non seulement vivent la pornographie ou la prostitution tous les jours, mais surtout à celles qui la réinventent, la détournent, à celles qui en font des oeuvres subversives, à celles qui, par choix, rendent le système patriacal bancal.

Ponctué de témoignages, et d’images d’archives, ce documentaire montre que ces travailleuses du sexe ne sont pas, justement, des victimes, mais surtout des féministes d’un nouveau genre dont le mouvement existe depuis les années 1980 aux Etats-Unis – et dont on en entend peu parlé en France.

Elles revendiquent leur liberté sexuelle, leur travail comme prise en main de leur corps, comme choix politique. Elles revendiquent ce féminisme qui ne veut pas léguer à l’Etat, le pouvoir d’interdire la pornographie, ou la prostitution; car ce serait remettre, dans les mains des Etats partiarcaux, leur liberté sexuelle.

Les travailleuses du sexe dérangent. Elles bousculent la dichotomie présentée comme naturelle: la mère/ la putain. Elles ne respectent pas les dogmes imposés: le sexe, c’est sale. Et elles ne sont pas victimes.

Les témoignages s’enchaînent, actrices, prostituées, réalisatrices, plus ou moins connues, Maria Beatty, théoricienne, performeuses; toutes subversives. Les témoignages s’enchainent et la cohérence des propos est évidente.

Ce n’est pas en laissant l’Etat interdire le travail du sexe que l’image des femmes va être moins dégradée; mais c’est plutôt en reprenant le contrôle, en changeant les objets du porno, en changeant le potentiel specateur -qui peut devenir une potentielle spectatrice -ou tout simplement, en faisant autre chose que des films, des oeuvres, des actes qui s’inscrivent dans un modèle phallocratique.

Le corps humain « femelle » n’est pas plus sacré que le corps humain « mâle« . Le féminisme prosexe ôte toute hiérarchie et aspire à une véritable égalité.

Ce documentaire, au titre très adéquat, révèle une vraie mutation, non seulement de notre société, mais aussi du féminisme.

À voir d’urgence!

 

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