La France de Raymond Depardon

De Raymond Depardon, j’ai en tête La vie moderne, ou la célèbre photo prise du mur de Berlin lors de sa chute, si symbolique. La fin d’une époque.

Mais de Raymond Depardon j’ai en tête sa France, la France.

Raymond Depardon et sa France sont exposés à la BNF depuis le 30 septembre et ce jusqu’au 9 janvier 2011.

L’exposition est courte; une pièce rectangulaire et blanche, 30 photographies, de la moins à la plus saturée. Puis les photographies sont exposées, encadrées sous lumière. La troisième et dernière pièce dévoile d’autres de ses photographies, en noir et blanc, ses inspirations, ses cahiers de route, des photos étalées, des brouillons, des cartes en relief. Et un vieil appareil photo comme on en fait plus.

L’exposition est courte, comme mes séjours dans ma ville natale. Même sentiment d’opression. La France est vide. Paris n’est pas la France. La France qui n’est pas Paris semble morte. Peu de personnages dans ces photos, peu de personnages sauf dans une. Les personnages ont l’air d’assister à la fin du monde, à une éruption volcanique alors qu’il ne s’agit « que » d’un incendie.

Ou les personnages semblent avoir été ajoutés après, avec photoshop, ils ne sont pas réels. La photo elle-même ressemble à un tableau.

Ses photos montrent qu’il n’est pas seulement un photographe, mais un vrai cinéaste, un travailleur de l’image qui maîtrise parfaitement ce qu’il fait, le cadre, la lumière, l’effet. Les photos expriment le vide et l’opression que je ressens lorsque je descends à Nîmes. Pas une seule âme qui vive dans cette ville de 147 000 habitants. Pas une seule âme qui vive dans ses photos.

L’effet a presque été immédiat lorsque je suis entrée dans la pièce rectangulaire; je me suis sentie enfermée dans une France qui n’évolue pas, qui ne bouge pas, dans une France qui ne vit pas.

Je ne fais pas une critique négative de ce que nous sommes obligé-e-s, désormais, de nommer régions; j’exprime mon sentiment, pareil à celui de mes séjours à Nîmes. Les photos m’on rappelé le McDo vide dans lequel j’ai mangé en février dernier avec certain-e-s de mes plus proches ami-e-s. C’était un mercredi, certes, dans une ville moyenne, et pas un chat ne trainait dans les rues, pas une seule personne ne faisait la queue à la caisse. Non, nous devions être moins d’une dizaine. J’ai cru étouffer.

Lorsque je suis rentrée à Paris j’ai été déçue de ne pas avoir été capable de prendre une seule photo valable de la ville qui m’a vu grandir 20 ans. Je n’y étais pas revenue depuis un moment, et j’avais l’impression de devoir pardonner cette ville en la rendant belle à l’image. Et je n’y suis pas arrivée, je n’ai pas su trouver la beauté de la ville. Seul-e-s ceux et celles qui vivent et qui sont encore mes ami-e-s me rattachent à cette ville, rien d’autre. Pas une seule nostalgie, pas un seul souvenir lié uniquement à cette ville me donne envie d’y revivre. Rien. J’aurais pu pleuré d’une telle déception pour finalement me rendre compte que j’avais grandi à Paris, à l’intérieur de moi.

Voir les photos de Raymond Depardon, c’était un peu comme retourner à Nîmes et faire face à ce vide opressant qui m’a frustré pendant 20 ans. Je me sens parfois coupable de mépriser la ville de Nîmes, c’est comme abandonner quelqu’un qui m’aurait été très proche mais qui n’a plus rien avoir avec moi, qui m’agace et m’empêche d’avancer.

Raymond Depardon a capté, saisi et vécu (je crois) ce sentiment. Je pense qu’il aurait été difficile de mieux le représenter.

Le silence.

(photos Google images; iPhone (deux dernières)

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