Je suis une femme

(écrit en 2009)

Je sors de chez moi, je suis une femme. Je sors de chez moi, j’ai le corps d’une femme. Je suis dans la rue, je suis une femme, donc, baisable. Y’a un connard à droite qui dit:«Je la toucherais bien». Je suis une femme. Je passe entre deux mecs. Je marche d’un pas décidé. Je suis une femme. Le mec à gauche me regarde comme si’il allait me sauter dessus. Ils rient. J’ignore. Je suis une femme. Je monte dans le métro, je suis une femme. Un homme me regarde; lui aussi veut me sauter. Je suis une femme. Je fais tomber mon portable. Un homme le ramasse pour moi. J’aurais pu le faire moi-même; mais je suis une femme, si je n’accepte pas son aide, je suis une mal baisée. Je suis une femme. Je dis « merci », je souris. Je suis une putain d’femme.

J’ai des seins, ça en fait fantasmer plus d’un. J’ai une chatte, des jambes. Ils les regardent. Un vagin qu’ils voudraient piétiner. Je suis une femme.

Chaque fois que je sors, chaque fois que je marche dans la rue, je suis la cible potentielle d’une queue entre deux jambes qui voudrait éjaculer sa semence er m’asujettir. Je suis une femme.

Et lesbienne.

Deux fois plus de raisons de me faire violer dans la rue. Je marche sur les quais de Seine, main dans la main avec celle que j’aime. Je suis une femme, mais je suis lesbienne. « T’aimes pas la bite, je vais te la faire aimer, moi, la bite! » Je tiens fermement la main de celle que j’aime.

«Oh les gouines!» «Vous n’aimez pas les enfants, vous n’aimez pas les enfants ?!»

Des regards, je suis une femme. Des regards, je suis lesbienne. Des regards. Je me promène avec celle que j’aime, mais je ne me promène pas librement.

«Vous n’avez qu’à vous cacher, ça vous évitera de vous faire agresser!». Bande de connards! Je suis une femme!

Je suis une femme, je suis lesbienne. deux fois plus de raisons de me faire tabasser, piétiner, violer, tuer. Je suis une femme. Je suis un fléau et je traîne derrière moi des siècles d’horreurs, des siècles de lutte.

Et nous en sommes encore là.

Etre une femme aujourd’hui. Subir les violences, les regards. Je ne suis aux yeux des hommes qu’un trou, qu’un vagin, que des seins, utiles à l’assouvissement mécanique de ce qu’ils croient être leur pouvoir de domination. Le pire dans cette histoire, c’est que la société les a voulus tels quels.

Et encore aujourd’hui, au XXie siècle, je dois me battre!

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2 commentaires pour Je suis une femme

  1. Caroline dit :

    Merci Sarah pour ces mots !
    bises.

  2. Mdej dit :

    SAlut SArah, je tente un commentaire 🙂
    C’est terrible et vrai qu’une femme coure plus de risque qu’un homme, qu’elle soit lesbienne en rajoute .. mais celui qui emmerde une femme est pour moi hors société, il est encore à considérer qu’il peut s’attaquer à elle parce qu’elle lui serait soumise( et non égale) Pensée rétrograde. Quelle violence!; à considérer qu’il peut la dévisager car il la veut. Machistes! rétrograde. Et ce dernier n’est pas moins violent.
    Quand je te lis, je pense aussi à un reportage, que j’avais vu il y a peu  » banlieu gay ». La différence y était mal accepté. Et il faut se battre oui.

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