Trop de chatte…gène

Qu’est-ce qui rend libre ? Faut-il s’affranchir de nos carcans sexuels pour être libre ? En quoi la désacralisation de la sexualité et du corps des femmes peut-elle servir à la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes ? En quoi la sexualité est-elle politique ? De quelle manière l’est-elle ? Et à quel point ?

Est-ce que la pornographie peut rendre libre ? Judy Minx mentionne dans ce film Annie Sprinkle qui disait que la réponse à du mauvais porno, n’était pas l’absence de porno, mais plutôt du bon porno. Avons-nous le devoir/pouvoir d’éduquer le regard des spectateurs et spectatrices du porno? Surtout quand ceux/celles-ci ont été habitué-e-s à du porno mainstream généralement hétérocentré, dans lequel on voit rarement le sexe de la femme, si ce n’est lorsqu’il est pénétré par le pénis d’un homme.

Too Much Pussy, c’est en gros un road movie rythmé par des spectacles performés dans quelques coins d’Europe. Les actrices du film sont souvent des artistes, performeuses, actrices porno ayant déjà mis en scène leur corps et la sexualité.  Elles sont allemandes, américaines, françaises et ont toutes une vision bien unique de leur sexualité et de la sexualité des femmes en général, mais aussi une vision émancipatrice du corps féminin. Elles vont au-delà de leur limites, tentent ce qui peut parfois leur faire peur, et mettent en scène ce qui, dans le réel peut  faire mal, pour en faire quelque chose de bon et de positif. Elles ont toutes des peurs différentes et des parcours de vie différents, mais une envie commune : celle de montrer le sexe féminin tel qu’il est, brut, sans artifices.

Ce road movie donc, suit les performances des artistes dans ces différents coins d’Europe mais montre aussi leurs doutes, leurs peurs, leurs interrogations et les réactions d’un public parfois peu averti. Le titre a d’ailleurs été trouvé à la suite du premier spectacle qui a été écourté car il aurait semble t-il, dérangé. Y aurait-il alors trop de chatte dans leurs shows ? Nous voilà alors en face du monde dans lequel on vit, trop de chatte gène.

De ce film, je retiens quelques scènes très marquantes, certes parfois si anodines et si furtives qu’elles ne paraissent pas importantes et qui sont pourtant très porteuses de sens:

Nous pouvons ainsi voir Judy Minx se mettre un tampon avant un spectacle, expliquant à quel point les tampons sont nocifs pour la chatte car ils contiennent des agents blanchissants; l’air de rien, la caméra suit le mouvement de ses doigts et en quelques secondes, le tampon est bien installé, la caméra revient sur le visage de Judy Minx, qui sourit, innocemment, comme si elle venait de manger un bout de pain, par exemple.

(J’ai envie de rappeler que les règles, restent, dans la plupart des sociétés, un grand tabou et que les femmes elles-mêmes pensent que le sang qui coule de leur sexe est sale. Les règles, à l’instar du clitoris ressort du politique.)

Pour aller plus loin dans l’idée de désacralisation du corps de la femme, Sadie Lune, dans un de ses spectacles, propose aux spectateurs/spectatrices de voir son col de l’utérus à l’aide d’un spéculum. Le sexe féminin n’est ainsi ni sacralisé, ni diabolisé. Mais au delà de ça, elle souhaite montrer aux femmes ce qu’elles ne peuvent jamais voir de leur corps. En effet, seuls les médecins ont accès à cette partie du corps alors qu’il est pourtant important que les femmes sachent comment elles sont constituées à l’intérieur. Que ce soit d’ailleurs le col de l’utérus ou le clitoris, les femmes ont eu pendant des siècles, très peu d’informations sur leur corps.

Ce qui est intéressant dans ces scènes et ce film, c’est qu’il est accompagné des discours de ces artistes qui expliquent leur démarche. Des démarches qui paraissent parfois étranges aux yeux de la plupart des gens; mais un propos particulièrement marquant de Sadie Lune permet de voir en quoi leurs démarches sont utiles, importantes et universelles. Elle explique alors, qu’en tant que femme, elle s’est souvent rabaissée, et maltraitée, afin de correspondre à des idéaux de beauté. Car celui ou celle qui a la beauté a accès à une sexualité épanouie. Celui ou celle qui ne correspond pas aux critères de beauté imposés est mis-e à l’écart. Sadie Lune dit quelque chose d’intéressant lorsqu’elle souligne le fait que l’on peut très bien être intellectuellement contre quelque chose et en être pourtant victime. Et soudain, je me sens libérée; il s’agit de ça.

Alors que le fond du film revendique un féminisme libérateur, prosex et véritablement émancipateur, la forme met en avant ce que les sexualités peuvent être, et que ce qui est montrable ou ce qui ne l’est pas demeure un choix personnel.

Chaque performance est unique et chacune d’entre elle ne montre pas la même chose de leur corps et de la sexualité. Elles redéfinissent l’intimité. Où commence et ou s’arrête la pudeur? Qu’est-ce qui est intime, qu’est-ce qui ne l’est pas. ? Au fond, je me serais sentie presque gênée de voir Sadie Lune en plein orgasme sur une estrade devant moi; mais suis-je dérangée par ça, où est-ce le reflet de quelque chose que je considère intime, pour moi? Ce qui est intime pour moi ne l’est pas forcément pour les autres, et vice-versa.

Finalement, la scène la plus intime de ce film n’est-elle pas la scène où Madison Young, avant de quitter la troupe, pleure dans les bras des autres. Qu’est-ce qui est intime dans cette scène, son sexe à découvert, ou son visage, en larmes?

Too Much Pussy, au-delà du documentaire porno, est un film libérateur, à la fois léger mais lourd de sens. Il est un acte libérateur pour la réalisatrice Emilie Jouvet et les actrices, mais aussi une œuvre pleine de spiritualité, et alors, je pense aux scènes qui précédent les spectacles, les mains se donnent, et des prières se font. Libres.

Courez-y, il sort en salle au Mk2 Beaubourg à Paris le 6 juillet.

Et si vous vous sentez parfois gêné-e-s, se poser des questions peut être plus instructif qu’un simple « Mais c’est dégoutant, je ne comprends pas… »


Pour voir le site d’Emilie Jouvet, c’est ici.

Le site de Sadie Lune, c’est ici.

Et le blog de Judy Minx, c’est ici.

« Viens voir ma chatte! »


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3 commentaires pour Trop de chatte…gène

  1. Laure dit :

    La liberté! c’est vraiment ce que j’ai ressenti quand j’ai vu ce film.
    Même si par moment elles peuvent me mettre mal à l’aise (elles mettent tellement en avant ce qui se cache habituellement) j’aimerai me sentir aussi libre. Tout du moins comme elles le paraissent. Dans le fond, tu crois qu’elles vivent comme ça à fond tout le temps? ou alors est-ce le fait d’être ensemble, sur un tournée qui leur permet d’exprimer tout ça, d’avoir cette force de caractère ? Est ce que dans la vie de tous les jours elles ne redeviennent pas des victimes ? A ton avis ?

    • Sarah dit :

      Je pense qu’elles ont toute un acarctère assez fort pour ne pas se victimiser, c’est ce que j’aime avec ce féminisme là, elle sont en puissance, tu vois. Aorès dans le provée, je ne sais pas ce qu’elles font. Peut-être qu’elles sont soft dans le privée, peut être pas…Ensuite, je pense que la Tournée éphémère a qqchose de puissant aussi, mais pour le privée, tu sais….justement, c’est le privée…:) faudrait leur demander, je ne peux pas parler à leur place 🙂

  2. Ping : dans le rétro mensuel cinématographique 2 | J'ai fait l'amour aux mots…

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